Jeudi 28 mai 2026
À l’automne 2023, le Cégep a accueilli un premier étudiant réfugié grâce à un partenariat avec l’organisme EUMC et la formation d’un comité local formé d’étudiants et d’étudiantes. Après trois ans dans l’anonymat, cet étudiant est aujourd’hui l’un de nos diplômés et choisit de se dévoiler afin de sensibiliser les gens au projet d’accueil et de montrer que ce projet peut vraiment changer une vie.
Nous lui avons parlé. Voici son histoire.
Son histoire
Rodrigue est d’origine congolaise et aîné d’une famille de sept enfants aux parents tous deux enseignants. Après l’obtention de son diplôme d’études secondaires, lui et l’une de ses sœurs ont dû se séparer du reste de leur famille pour se rendre dans un camp de réfugiés au Malawi en raison de l’instabilité politique généralisée dans leur pays, qui menaçait particulièrement la sécurité de leur famille.
La vie dans le camp n’était pas facile et il a dû s’adapter rapidement à une réalité à laquelle il n’était pas préparé, notamment en raison des conditions de vie, mais aussi de la langue sur place qui était l’anglais.
« J’habitais au camp depuis 5 ans et je suivais des cours d’informatique et de design quand j’ai entendu parler du programme de l’EUMC. Le camp de Dzaleka compte environ 50 000 réfugiés et demandeurs d’asile. Environ 2 000 personnes ont postulé, dix ont été sélectionnées, dont moi. C’est le premier miracle de ma vie. »
Quitter sa sœur a été très difficile, mais Rodrigue a vu dans cette opportunité l’occasion de donner une nouvelle direction à sa vie et de réaliser son objectif de poursuivre des études supérieures.
Dans quel programme es-tu diplômé?
Notre diplômé a choisi l’architecture, puisqu’il trouvait que cela mariait bien ses cours de design et son expérience terrain.
« J’ai construit ma propre maison dans le camp. Cette expérience, et le fait de voir qu’ensuite je pouvais vraiment vivre dedans, ça m’a donné envie de faire ça. »
Qu’est-ce qui t’a le plus surpris en arrivant au Québec?
« Ne pas vouvoyer les gens. Chez nous, on vouvoie même nos parents, c’est un signe de respect. »
Les particularités de la langue québécoise, avec son accent et ses expressions, ont aussi demandé une adaptation. Vivant désormais seul et devant gérer un budget, il a aussi dû apprendre à cuisiner et à gérer ses finances.
Qu’est-ce qui t’a aidé à te sentir à ta place ici?
« Être anonyme m’a aidé. On m’a accueilli non pas comme réfugié, mais plutôt en me jugeant pour qui je suis. J’ai hésité à me dévoiler, parce que je ne voulais pas que le regard que les gens portent sur moi change. Je voulais prouver qui je suis et ce que j’ai à offrir avant qu’on connaisse mon histoire. »
Rodrigue a rejoint le comité Parrainage d’un étudiant réfugié, celui-là même qui avait contribué à son arrivée, un an après son entrée au cégep. Pour lui, c’était la meilleure façon de redonner au suivant et de contribuer à offrir une nouvelle vie à une autre personne. « Les membres du comité PER sont comme une famille pour moi. » ajoute-t-il.
De quoi es-tu le plus fier de ton parcours?
À la suite de l’obtention de son diplôme, Rodrigue a été invité à rejoindre l’équipe qui l’avait accueilli durant son stage, marquant ainsi le début de sa carrière professionnelle. Il exprime une grande fierté d’avoir mené à terme son DEC en trois ans, malgré les défis liés à son adaptation.
Où te vois-tu dans cinq ans?
« J’aimerais que ma sœur puisse venir me retrouver ici » fut sa première réponse.
Parmi ses objectifs de vie, Rodrigue n’écarte pas la poursuite d’études à l’université, mais son plus grand souhait serait de devenir propriétaire. Il aimerait avoir un chez-soi, une base stable à laquelle il pourra toujours se rattacher.
Que dirais-tu à quelqu’un pour le convaincre de l’importance et de la pertinence du comité PER et du programme de parrainage?
« Je lui dirais de regarder mon histoire, d’où je viens, mes difficultés. Que j’ai quand même obtenu mon diplôme et que j’ai un emploi. Je suis la preuve que ça fonctionne et que l’EUMC change des vies. »
Rodrigue dit qu’il aurait préféré ne pas dévoiler qu’il était le premier étudiant du programme, puisqu’il n’aime pas beaucoup avoir la lumière sur lui, mais qu’il le fait par devoir. Il souhaite que cela sensibilise les gens et permette au comité de poursuivre sa mission.
Il encourage également les étudiants et étudiantes du cégep à s’impliquer dans le comité PER. Il mentionne que s’impliquer au comité, c’est faire partie d’une famille : on y partage autant les moments forts que les défis, on apprend des autres et on évolue ensemble.
« Quand tu apportes, tu gagnes en retour. »
Le Cégep tient à souligner le parcours exceptionnel et inspirant de Rodrigue Chatelain Wa Lushoka Mugisho et lui souhaite de réaliser ses rêves.